Je n’arrive pas à faire le deuil de ma fille

Question:

Caroline, pouvez-vous m’aidez ? Je n’arrive pas à faire le deuil de ma fille, car pour moi c’est comme un deuil. Elle a 26 ans et est partie vivre depuis 7ans avec un homme qui ne nous aime pas, ça je m’en fou qu’il ne nous aime pas, mais notre fille est amoureuse de lui, cet homme ne dit que des mensonges et depuis le début aimerais qu’elle n’ait plus aucun contact avec ses parents, alors qu’on était très très proche, je ne comprends pas qu’elle puisse accepter cette séparation définitive, je sais que les enfants ne nous appartienne pas, mais j’ai une boule dans la gorge, une boule au ventre et je pleure depuis des semaines, je suis à bout, je n’arrive pas à oublier ma fille, il m’arrive d’éclater en sanglots n’importe où, je n’arrive plus à me contrôler, mon mari également est très éprouvé, je ne sais plus quoi faire, impossible de discuter avec ma fille et mon gendre, j’ai mal, que faire ? A.

 .

Réponse:

Bonjour A,

Rien…Malheureusement, il n’y a rien à faire. S’il y avait quelque chose que tu puisses faire, tu l’aurais déjà fait, n’est-ce pas?

Tu as sans doute déjà tout essayé et c’est pour cette raison que tu vis une sorte de deuil. Justement parce que tu sens qu’il n’y a plus rien à faire, que tu ne peux pas la retenir et que tu es totalement impuissante dans cette situation. C’est ça le deuil, c’est reconnaître son impuissance face à la réalité telle qu’elle se présente. D’habitude, on parle de deuil face à la mort, parce que dans ce cas bien précis, on sait qu’on est totalement impuissant. Mais dans la vie il y a des tas d’autres deuils qui se présentent à nous et, ces deuils se font quand on arrête d’espérer que les choses soient autrement, simplement parce que tout a déjà été tenté. C’est une sorte de résignation parce qu’il ne reste plus d’espoir. Peut-être étais-je ton dernier espoir… Et si c’est le cas,  alors celui-ci aussi va tomber, car je ne peux te donner aucune réponse et aucune solution. Le deuil n’est pas quelque chose que tu peux réussir ou pas à faire, c’est quelque chose qui survient « malgré toi ».

Je comprends et j’ai beaucoup de compassion pour ce que tu traverses, mais la vie est ainsi et qu’on le veuille ou non, elle nous force à lâcher prise à travers des expériences parfois très difficiles. Que pourrais-tu faire d’autres que de vivre ce que tu es en train de vivre? Il y a de la tristesse et des larmes coulent. La tristesse est là, c’est un fait. Et même si tu préfèrerais ne pas la ressentir, comme tu le dis très bien: tu ne peux pas oublier ta fille. Ça serait plus facile si tu pouvais l’oublier, car il n’y aurait pas de souffrance… mais ce n’est pas possible! Du coup, il y a ce déchirement qui te traverse et tu ne vas pouvoir ni le contrôler, ni le gérer. C’est d’ailleurs ce que tu es en train de constater.

Plus vite tu reconnaîtras et prendras conscience de ton impuissance à te défaire ou à repousser cette tristesse, plus vite tu la laisseras te traverser sans y résister. Et c’est dans cet état d’ouverture, sans résistance que la tristesse va pouvoir te traverser. Elle aura les effets qu’a généralement la tristesse, rien ne sera différent dans le fait de vivre cette émotion, mais dans cette ouverture ce qui est essentiellement différent c’est que la souffrance ne vient pas s’ajouter à la tristesse. Car la souffrance c’est quelque chose de différent. La souffrance c’est lorsqu’il y a, par exemple, de la tristesse et que le mental se met à dire que ça ne devrait pas être comme ça, que c’est injuste, qu’il doit y avoir une solution pour que cela change. Dans ce cas, il y a une résistance contre « ce qui est » qui survient amenant souvent de la colère, et ce NON à « ce qui est » se transforme en une recherche de solutions permanente. Ce mécanisme mental, c’est ça la souffrance! Car même si il y a tristesse, la souffrance, elle, n’est pas obligatoire.

Souvent, en écoutant ces mots, le mental est très choqué. Il peut être très révolté en entendant qu’il est impuissant et qu’il doit simplement accepté ce qui arrive. C’est normal! Ce n’est pas ce qu’il veut et il croit encore qu’il a un quelconque pouvoir dans le fait d’obtenir ce qu’il veut ou de changer les choses… Pourtant, regarde ton expérience ces dernières années. As-tu eu un quelconque pouvoir pour changer quoi que ce soit? Le deuil de ta fille est ce qui arrive et tu ne peux rien faire contre ça.

Et, même si ça peut être difficile à entendre aujourd’hui pour toi, ce deuil c’est aussi un enseignement vers le deuil total qui est celui qui permet de sortir définitivement de la souffrance. Ce deuil, c’est le deuil de soi en tant que personne ayant un quelconque pouvoir sur « ce qui est ». Quand ce dernier deuil est fait, alors le mécanisme mental de résistance et de recherche de solution s’arrête et il ne reste plus qu’accueil à « ce qui est ». Et cet accueil véritable, c’est le grand OUI, c’est la paix que chacun recherche profondément, c’est l’amour inconditionnel auquel chacun aspire, c’est la reconnaissance de notre vraie nature!

Je suis de tout cœur avec toi dans cette traversée difficile, car d’un côté je compatis profondément à cette tristesse, mais d’un autre côté, je suis aussi profondément touchée par l’opportunité du deuil que la vie t’invite à vivre.

Je t’embrasse tendrement.

Caroline Blanco